Voici des nouvelles d'Antoine qui est en mission au Ghana, nouvelles accompagnées de quelques photos du laboratoire et du bloc opératoire récemment aménagés, parmi nos lecteurs quelques uns ont participé au financement, un grand merci et voici le résultat
Voici l’article pour relater un peu plus ce que je vis à Buduburam autour de trois thèmes : les souffrances de ceux qui m’entourent, ce qui va bien et les espérances.
Je reconnais que ca n’est pas toujours mon fort d’écrire sur les personnes rencontrées comme me le demandait Helene Liet, membre de la FLM en charge du site internet. Question de pudeur à respecter face à tout ce que les gens peuvent nous raconter, et soucis de vérité dans la retranscription de leurs dires considérant notre subjectivité.
Je tentais par exemple de rédiger un article sur une mère de famille, paroissienne de l’Eglise de Buduburam, remarquant son entrain pour la chorale, sa sympathie, son sourire communicatif vis-à-vis de son entourage. Elle me disait une partie de son histoire, et j’enchainais lui demandant les raisons de son arrivée à Buduburam. Ce fut alors le récit d’une succession d’histoires de guerre du Liberia aux rebelles en Côte-d’Ivoire, la disparition de sa fille, et maintenant un combat quotidien de marchande ambulante pour assurer l’existence des survivants… Que dire de plus ? Elle citait sa foi comme quelque-chose d’essentielle dans sa vie.
Ce thème des grandes souffrances (non surprenant dans un camp de refugies) est quotidien. Les gens attendent peut-être de nous une écoute particulière étant étranger, et n’ayant pas vécu dans te tels contextes. Un volontaire occidental devient rapidement un confident.
La clinique Saint Gregory a pour objectif initial la réalisation des soins de sante primaire. Ainsi, nous ne répondons que partiellement à un tout autre panel de maladies (cancers, pathologies cardiaques…). Les possibilités de transferts sont limitées.
Deuxième thème en contraste complet avec les grandes souffrances, relater ce qui va bien. Le Cardinal Turkson nous le demandait, lors de ses vœux de nouvelle année.
Je rencontre ici ce que j’ose appeler « l’Afrique qui marche », c'est-à-dire toute une population qui vit le développement du Ghana. C’est important en effet de savoir observer ca.
En voici quelques exemples. Un jeune employé dans une entreprise libanaise de vente de matériel informatique sur Accra, à qui on propose de participer à la création d’une filiale à Kasoa (une ville de plusieurs dizaines de milliers d’habitants située à 6kms du camp de refugiés).
Un chanteur anciennement atteint d’une tuberculose pulmonaire traité à la clinique et maintenant guéri.
Voici quelques considérations plus générales. Le sud du Ghana est vert tout au long de l’année. L’agriculture est en développement accompagnée par les usines agroalimentaires.
Les routes en bitume se généralisent, le secteur du bâtiment est en plein boom.
La concurrence est acharnée entre les operateurs téléphoniques avec la créativité publicitaire et marketing qui s’en suit.
Le système d’assurance santé nationale assure plus que des soins de santé primaires aux différentes couches sociales de la population.
Il y a aussi la vie artistique, les festivals, les musiques aux mixes réussis entre influence locale et occidentale (R and B couplés aux dialectes, beaucoup de jazz, de fanfares). Leur sens du rythme fait paraitre les occidentaux plutôt ankylosés !
L’Eglise Catholique de Buduburam attire. Les lectures se succèdent en anglais (pour les libériens) et en twi pour les locaux. C’est la suite d’une belle œuvre débutée par des Pères SMA et reprise par le clergé local de la mission d’Awutu-Breku.
Enfin, troisième thème : l’espérance. La disponibilité des antirétroviraux pour les patients vivant avec le VIH/SIDA s’est généralisée. Les résultats thérapeutiques sont impressionnants. Ces traitements offrent de nouvelles possibilités, un nouveau « oui à la vie » pour ceux et celles bien suivis. Les entretiens conseils et tests VIH sont proposés par la clinique à la population de Buduburam, étendue au District de Gomoa-East.
Depuis peu, la clinique Saint Gregory est admise aux réunions santé trimestrielles de l’Archidiocèse de Cape-Coast. Découvrir le succès des hôpitaux catholiques crées quelques décennies plus tôt, donne de l’optimisme, de l’enthousiasme et la volonté de réussir. Les Ghanéens sont de plus en plus nombreux à bénéficier des services de la clinique. On investit dans la création d’un bloc opératoire, on s’intègre de plus en plus dans le système de santé nationale avec l’objectif à terme d’autosuffisance. Voici des raisons pour lesquelles je prolongeais mon contrat, et puis l’évêque me le demandait. C’est la suite de l’appel.
Je côtoie d’autres missionnaires laïques de différents pays. Nous nous réunirons à la fin de ce mois à Babaso, une mission localisée en milieu rural. Nous y découvrirons de multiples travaux de développement (écoles, gestion raisonnée de la nature…).
L’avenir du camp de refugiés semble se clarifier peu à peu. Depuis la nomination du nouveau camp manager (un représentant du gouvernement ghanéen), des réunions d’informations sont organisées dans les Eglises, lieux publics pour dire la fin des possibilités d’émigration en occident, les options pour l’intégration des personnes déplacées au Ghana, l’accès aux formations ou le choix du retour au Liberia.
Des représentants des ambassades sont présents. Cette démarche d’information est assez audacieuse. Elle est souvent mal accueillie par les refugiés, mais ne faut-il pas dire la vérité plutôt que de favoriser de faux espoirs, les illusions aux départs improbables en occident ?
Ainsi, depuis un an et demi de volontariat, je perçois de grandes souffrances, « tout ce qui marche » et des espérances.
Merci de porter cette population dans vos prières et par votre générosité à la Société des Missions Africaines et à la Fraternité Laïque Missionnaire.
Merci de demander l’intercession de Mère Teresa pour l’accompagnement des malades.
Antoine Delannoy
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