vendredi 5 février 2010

HAITI

D’André LE BARZIC – 1er FEVRIER

Je reprends le rythme des relations quotidiennes. On me dit qu'on les attend.
Pendant quelques jours, le Père Ménard a pris le relais, vous livrant les impressions de quelqu'un qui découvre une situation inimaginable et en même temps de quelqu'un qui rejoint un pays, un peuple et des personnes qu'il connaît depuis si longtemps, de quelqu'un qui prend le choc et qui relève le défi avec ceux qu'il a trouvés à la peine et à l'ouvrage. Depuis son arrivée, il a multiplié les visites et les contacts, il a participé à l'ordination de Jean-Anel et d'Onac à Hinche samedi soir. Aujourd'hui, il est à Jacmel. Il vous en parlera dans le message qu’il enverra cette nuit. Il lui reste deux jours avant de retourner en France pour rendre compte et témoignage.
Le Père Abbé Jean-Michel de Landévennec qui était en visite au Morne Saint-Benoît a pris ce midi un "vol d'évacuation". Ses frères continuent à donner asile pour cette semaine encore aux enfants de la Caritas de Saint-Antoine pour lesquels il va falloir trouver une solution plus durable.
L'internet a cessé de fonctionner pendant deux jours. C'est maintenant rétabli.
Les boss avec qui nous travaillons habituellement rétablissent un peu d'électricité et d'eau. Il y a en permanence, en plus du personnel qui est resté fidèle, une quinzaine de jeunes dans la maison et quand ils pourront prendre une douche après une journée passée à transporter des colis de nourriture, des archives, à déblayer des gravats, ce sera pour eux un plaisir mérité.
L'électricité n'est pas rétablie dans le quartier, mais c’est fait au Champ-de-Mars et on rétablit les lignes sur plusieurs rues. Ici, on se débrouille pour charger nos batteries avec notre petit delco, ce qui permet d’alimenter l’ordinateur … et bien sûr les grappes de portables qui permettent de communiquer, ce qui est très important.
Tout le monde, ou presque, continue à dormir dehors. Dormir sous le béton… on hésite. La pluie se fait toujours menaçante dans la soirée mais on dirait qu’elle a scrupule à ajouter à nos problèmes. Pourvu que ça dure…
On attend une livraison de tentes « familiales » envoyées par Ouest-France, environ 300, dont 75 pour le secteur que nous desservons et une plus grande de 18 m².
Une association de médecins-chirurgiens de Metz, « Médilor », qui a fait un bon travail à l’Asile français, nous laissera en partant une grande tente qui sera dressée sur le terrain de basket.
L’après-midi du dimanche a été occupé par une réunion du conseil qui sera suivie d’une autre mercredi avant le départ du Supérieur général. Il faut sans plus tarder – et sans attendre que les banques libèrent l’argent – essayer de nous organiser pour l’après-séisme. Pas une mince affaire….Au début de cette semaine, ce sera d’abord de ranger, déblayer, nettoyer et améliorer le cadre de vie toujours sous les étoiles… et se reposer un peu. Ce matin, je ne me suis pas réveillé… N’est-ce pas formidable !
Mais pas question de grasse matinée pour demain. Nous célébrerons la Chandeleur sans crêpes mais avec cierges et procession.
Avec l’image de Notre-Dame du Perpétuel-Secours qui dans l’Eglise d’Orient, d’où elle vient, est « l’Icône de la Terrible Vision ». C’est Marie qui écoute la prophétie de Siméon annonçant « les événements qui transperceront son cœur » : la Croix et la lance, la couronne d’épines et le vase de fiel effraient l’Enfant qui en perd sa sandale et s’agrippe à la main de sa Mère. Marie regarde plus loin, au-delà de la Terrible Vision. De tout temps et aujourd’hui plus que jamais, cette Icône est pour moi l’image où Haïti reconnaît sa Mère et où Dieu reconnaît son Peuple.


Limyè Jezi Kri klere nou
Limyè Jezi Kri sove nou







Olivier KUMER, ancien coopérant,

Cher Amis,

Après près de 2 semaines passées à Port au Prince, me voilà de retour en France. Le voyage en minibus (une quarantaine d’haïtiens – j’étais le seul étranger) de Port au Prince à Santo Domingo s’est plutôt bien passé.
J’ai été coupé des médias pendant ma présence en Haïti – pas d’électricité et pas le temps d’écouter la radio (quelques stations haïtiennes fonctionnent néanmoins + RFI) – voilà mes impressions et les constats observés sur le terrain :

Les constructions :
- les quartiers de Port au Prince et de sa proche banlieue ont été inégalement touchés. En général 60-70% des maisons sont détruites mais ça peut varier de 10% (ex à Carrefour) à 90% (exemple : Sous Fort National).
Parfois une certaine ‘logique’ n’est pas respectée : de belles et modernes constructions sont tombées alors que de petites maisons en parpaing mal assemblés sont à peine fendillées. Il semble également que les maisons anciennes de plus de 100 ans aient mieux résistés.
La grande majorité des édifices d’états (Palais de justice, Palais national, archives, ministères), religieux (Cathédrale, Sacré-Cœur,Grand-séminaire..) et privés (banques, centres commerciaux, boutiques,..) sont complètements détruits.
Des centaines de milliers de maisons sont toujours debout mais plus ou moins fendues. Les gens ont peur de s’y aventurer. Qui pourra étudier ces maisons individuelles et décider celles qui doivent être rasées et celles qui peuvent être consolidées ?
Dans quasiment chaque rue, il y a toujours des cadavres sous les décombres. Il faut des gros moyens pour les dégager. Les pelleteuses que j’ai vues se concentrent au centre ville.

Les camps :
- la totalité de la population dort dehors. Parfois dans la cour de leur maison mais en très grande majorité dans des camps de 50 à 50 000 personnes. Ces camps se trouvent dans le jardin des maisons privés, dans des parkings de magasin ou d’église, de jardin public, sur le terre-plein entre 2 voies ou simplement sur la route (dans ce cas, l’accès aux voitures est bloqué).
- Les gens dorment dans ces camps la nuit mais le jour restent si possible près de leur maison (détruite ou non) pour surveiller qu’elle ne soit pas pillée.
- Au début, les camps n’étaient constitués que de drap et matelas les uns à côté des autres. Maintenant, les gens commencent à séparer leur emplacement avec des morceaux de bois et des tôles en fer.
- Il existe des milliers de camps. Leurs tailles ne cessent de croître. A cause de l’insécurité croissante, les gens ne veulent plus rester seuls en famille dans la rue. Aussi, pour pouvoir bénéficier de l’aide alimentaire, il faut appartenir à un camp. Les plus gros camps (aéroport, Champs de mars) deviennent de plus en plus importants car l’aide internationale se concentre sur ceux-ci, plus facile d’accès, ce qui attire les gens. Ce qui est dommage car les camps à taille humaine, où tout le monde se connaît, sont bien plus gérables par les représentants des camps et la distribution bien moins difficile.
- Les camps sont surveillés nuit et jour par des jeunes qui se relaient. La crainte est de se voir voler, violer ou tuer par les milliers de criminels qui se sont échappés des prisons maintenant détruites. Dans un camp (parking de l’église Mormon), j’ai même du laisser une pièce d’identité pour pouvoir y entrer mais plus le camps est grand, plus la sécurité est difficile a réaliser.
Aide et distribution :
- L’aide internationale est très active au niveau médical. De nombreuses ONG sont présente sur le terrain et sont plutôt bien disséminées sur tout le territoire touché. Il y a de nombreuses cliniques mobiles. J’ai même rencontré à Leogane (ville proche de l’épicentre et détruite à 90%), une équipe de médecins et infirmiers américains, ne faisant partie d’aucune organisation, qui avait loué un jet privé depuis New York et qui aidait pour une semaine. Il reste dans les camps de nombreux blessés, parfois très grave (fractures, infections, diarrhées sévères…).
- Concernant l’eau, l’aide est également très active même si pas encore suffisante car pas distribuée partout. J’ai pu constater de nombreuses mises en place (ACF + Unicef) dans les camps de citernes en caoutchouc contenant des milliers de litres qui sont ravitaillées chaque jour.
- La distribution de nourriture est le gros point noir. Mis à part quelques gros camps, les milliers de camps et donc des centaines de milliers de gens n’ont reçu encore aucune aide alimentaire. La seule aide que j’ai pu constater est celle de l’Eglise Catholique américaine. Une goutte d’eau…
- Les autres besoins, tentes, bâches, toilettes, kit hygiène (brosse à dents, dentifrice, serviettes hygiénique, savon,…) arrivent mais au compte goutte. De très loin insuffisant. La grande hantise, c’est l’arrivée de la pluie… Il y a aussi tous ces nombreux cadavres à retirer. Dans certains endroits, les odeurs sont insupportables.
- De plus en plus, la ville est quadrillée par de petites unités de GI américains lourdement armés. Est-ce vraiment nécessaire ? Ne faut-il pas intensifier l’effort de distribution alimentaire ? Pour l’instant, les haïtiens sont patients. Mais le seront-ils toujours lorsque la faim et l’inégalité de l’aide seront encore plus criants ?


Par Père Michel MENARD, Supérieur général de la Société des Prêtres de Saint-Jacques,


Depuis hier après-midi (jeudi 27), je suis en Haïti.
Avec un journaliste du « Télégramme », nous avons voyagé en voiture particulière de Santo-Domingo, tôt le matin, à Port-au-Prince.
La découverte de la ville a été un moment très émouvant. Toutes ces maisons détruites devenues des amas de gravas. Beaucoup de maisons, d’écoles, d’établissements connus sont totalement effondrés. Et continuellement présente à l’esprit, cette pensée : « sous ces décombres, ces amas de pierres et ces dalles de béton, combien de personnes tuées sur le coup, combien d’hommes, de femmes, d’enfants emprisonnés et restés des heures, des jours peut-être dans l’attente et l’espoir d’une délivrance ?
J’avais vu plusieurs reportages à la télévision. Tous ne montraient que des maisons démolies ; et pour cause, à quoi aurait servi de montrer des maisons encore debout et sans trace apparente du séisme pour la sensibilisation des téléspectateurs ?
Ce qui a changé complètement mon regard en arrivant à Port-au-Prince, ce sont deux choses : d’une part, à côté de maisons complètement détruites, il y a des maisons debout et toujours habitées ; et d’autre part, dans les rues, beaucoup de monde affairé, des personnes allant au travail ou en revenant, sur les trottoirs nombre de marchandes avec leur petit étal, sur les tas de gravas des hommes et des femmes en train de chercher des objets leur appartenant, fouillant les décombres pour trouver des papiers importants, des habits et même des petits meubles, et puis aussi, sur d’autres tas de gravas, des hommes commençant à faire du nettoyage, même quelques uns travaillant à reconstruire des murs. Ce sont là, pour moi, des manifestations de la vie, de forts signes de volonté de reconstruire et de repartir : en un mot, les images d’un peuple qui ne se laisse pas abattre par les difficultés, même les plus grandes.
L’arrivée à la Maison régionale a été certainement le moment le plus dur. Voir de mes yeux les lieux et les bâtiments tels que les photos reçues nous les montraient depuis le tremblement de terre. Aller à la rencontre des Pères et des séminaristes, osant à peine les voir, et puis les regarder et les serrer dans les bras en pleurant et leur dire combien nous sommes tous très proches d’eux, avec eux, dans ce qu’ils vivent depuis ce 12 janvier en fin d’après-midi. Mais aussi en moi, en ce moment, une certaine paix intérieure née de cette présence près d’eux, avec eux.
Ce qui m’est apparu tout de suite : les Pères sont très engagés dans les divers appels et situations d’urgence qui se manifestent continuellement. Ils sont accueillants et extrêmement dévoués. Les séminaristes qui sont là avec eux leur apportent une aide très précieuse. Ils sont tous « sur-occupés », et en même temps tellement disponibles.
En fin d’après-midi, je suis allé à Fontamara. J’ai trouvé les Pères en train de réciter le bréviaire, c’était l’heure des Vêpres. Je les ai laissés prier. Puis, ça été les embrassades suivi d’un long temps d’échanges sur les événements : comment chacun a vécu ce tremblement de terre : « moi, je me suis accroché à la galerie », « je me suis demandé ce qui se passait, je n’ai pas bougé et j’ai attendu avant de sortir », « j’étais sur la route et j’ai vu qu’il y avait quelque chose, j’ai pensé à un accident, et puis un nuage de poussière et des murs sont tombés tout autour », « je suis sorti dehors dès que ça a commencé à bouger »… Ce qui m’a frappé, c’est la grande sérénité de tous. Evidemment, aucun n’a parlé de rentrer en France. Après cela, nous avons soupé en continuant à échanger les nouvelles et comment les choses se passaient à Saint-Jacques et en France.

Que faire ?
Prier, c’est évident ! Prier pour nos confrères, Pères et Séminaristes, qui sont sur le terrain ici en Haïti, dans une situation catastrophique du pays et de la population, qui confrontent des problèmes de toutes sortes dont beaucoup semblent insolubles, sont attentifs et accueillants à toutes les personnes vivant des situations de grande détresse, partagent avec tout le peuple la souffrance de toutes les familles d’Haïti, car toutes ont des morts à pleurer. Ils apportent à tous une parole de consolation et le plus souvent un geste de soutien. N’hésitons pas à leur envoyer, de temps en temps, un courriel qui leur dira notre pensée fraternelle, notre amitié réelle et l’assurance d’un soutien total.
Je suis en Haïti jusqu’au 4 février. Je n’ai pas fixé de programme, seulement ma participation à l’ordination presbytérale des diacres Onac Axénat et Jean Anel Joseph par Mgr Simon Pierre Saint-Hillien le samedi 30 janvier à Hinche. Pour le reste du temps, j’essaierai de rencontrer les responsables des diocèses et des Congrégations qui ont tous de nombreux membres décédés et de grands dégâts dans les bâtiments : églises, séminaires, noviciats, presbytères, maisons, institutions et écoles ; je leur témoignerai notre fraternelle pensée et notre soutien ; j’essaierai aussi de voir aussi quelques membres de vos familles.

A tous je dis ma fraternelle amitié.

Michel Ménard

Haïti compte sur nous tous

Merci d’envoyer vos dons à l'adresse suivante :
Société des Prêtres de Saint-Jacques
BP 40319 – 29403 LANDIVISIAU Cedex – FRANCE
et d’indiquer au dos du chèque « séisme-Haïti »
Ou par virement : Coordonnées bancaires :
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