L’Opticien de Lampedusa
Emma-Jane Kirby
Equateurs 2016 15 €
La cinquantaine, l'opticien de Lampedusa est un homme ordinaire. Avec sa femme, il tient l'unique magasin d'optique de l'île. Ils aiment les sardines grillées, les apéros en terrasse et les sorties en bateau sur les eaux calmes autour de leur petite île paradisiaque.
Il nous ressemble. Il est consciencieux, s'inquiète pour l'avenir de ses deux fils, la survie de son petit commerce. Ce n'est pas un héros. Et son histoire n'est pas un conte de fées mais une tragédie : la découverte d'hommes, de femmes, d'enfants se débattant dans l'eau, les visages happés par les vagues, parce qu'ils fuient leur pays, les persécutions et la tyrannie.
L'opticien de Lampedusa raconte le destin de celui qui ne voulait pas voir. Cette parabole nous parle de l'éveil d'une conscience. Au plus près de la réalité, d'une plume lumineuse et concise, Emma-Jane Kirby écrit une ode à l'humanité.
Prix Bayeux-Calvados 2015 des reporters de guerre pour son reportage intitulé " L'opticien de Lampedusa " dont s'inspire ce premier livre.
Celles qui attendent
Fatou Diome
Flammarion 2010 20,30€
Arame et Bougna, mères
de Lamine et Issa, clandestins partis pour l’Europe, ne comptaient plus leurs
printemps ; chacune était la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des
siens, le pilier qui tenait la demeure sur les galeries creusées par l’absence.
Coumba et Daba, jeunes épouses des deux émigrés, humaient leurs premières roses : assoiffées d’amour, d’avenir et de modernité, elles sétaient lancées, sans réserve, sur une piste du bonheur devenue peu à peu leur chemin de croix.
La vie n’attend pas les absents : les amours varient, les secrets de famille affleurent, les petites et grandes trahisons alimentent la chronique sociale et déterminent la nature des retrouvailles. Le visage qu’on retrouve n’est pas forcément celui qu’on attendait.
Coumba et Daba, jeunes épouses des deux émigrés, humaient leurs premières roses : assoiffées d’amour, d’avenir et de modernité, elles sétaient lancées, sans réserve, sur une piste du bonheur devenue peu à peu leur chemin de croix.
La vie n’attend pas les absents : les amours varient, les secrets de famille affleurent, les petites et grandes trahisons alimentent la chronique sociale et déterminent la nature des retrouvailles. Le visage qu’on retrouve n’est pas forcément celui qu’on attendait.
Venus d’ailleurs
Paola Pigani
Liana Levi 2015 17€
Au printemps 1999, Mirko
et sa soeur Simona, des Albanais du Kosovo d'une vingtaine d'années, ont fui
leur pays déchiré par la guerre. La route de l'exil les a menés quelque temps
en Italie, puis dans un centre de transit en Haute-Loire. En 2001 ils décident
de tenter leur chance à Lyon. Simona est combative et enthousiaste. Très vite,
elle trouve un travail, noue des amitiés, apprend le français avec une
détermination stupéfiante. Elle fait le choix volontariste de l'intégration là
où son frère, plus secret, porte en lui la nostalgie de ce qu'il a laissé au
Kosovo. Pour lui, le français est la langue des contremaîtres et de la rue. Le
jour, il travaille sur des chantiers. La nuit, il dort dans un foyer. Les
moments de pause, il gagne les lisières de la ville et peint des graffs rageurs
sur les murs. C'est ainsi qu'il rencontre Agathe, déambule avec elle, partage
un amour fragile face aux séquelles d'une guerre encore trop proche. Ce roman
tout en retenue raconte les étapes du parcours des réfugiés dans une métropole
devenue dès 1999 un point d'accueil privilégié des réfugiés kosovars en France.
En filigrane : la beauté de la ville, l'art, l'exil, la différence, la liberté,
la foi en l'humain. Paola Pigani a grandi en Charente dans une famille
d'immigrés italiens. Elle vit aujourd'hui à Lyon où elle partage son temps
entre son travail d'éducatrice et l'écriture. Venus d’ailleurs est son second
roman.
L’Adieu à la femme rouge
Venus Khoury-Gata
Mercure de France 2017
16,80€
Le photographe ne voyait
que la mère qui lavait ses cheveux rouges puis les nattait sous l'œil de verre
qui suivait ses bras nus levés haut pour fixer la masse de tresses au sommet du
crâne. Clic clac malgré les regards désapprobateurs des voisins. Ne voyait
qu'elle et ses cheveux mélangés à l'argile rouge. La boîte noire retombée sur
la poitrine de l'homme, la mère n'aurait pas dû sourire mais rentrer chez elle,
refermer sa porte, dérouler sa natte.
Après le passage d'un photographe occidental, la femme aux cheveux rouges disparaît brutalement de la palmeraie où elle vivait, laissant derrière elle ses deux enfants bouleversés. Le mari et les enfants suivront les traces de la mère de ville en ville, et la retrouveront des mois plus tard sur les murs de Séville, devenue top model célèbre grâce au photographe. Ascension rapide suivie d'une chute brutale : l'engouement de l'Occident pour l'étrangère est de courte durée ; les mannequins noirs ne sont plus à la mode, remplacés par les Slaves éthérées... Misère et maladie rattrapent la reine d'hier.
Avec son incroyable talent de romancière, Vénus Khoury-Ghata nous entraîne dans les rues et les faubourgs de Séville, et livre un roman tragique et drôle sur l'exil, la famille et la condition des migrants.
Après le passage d'un photographe occidental, la femme aux cheveux rouges disparaît brutalement de la palmeraie où elle vivait, laissant derrière elle ses deux enfants bouleversés. Le mari et les enfants suivront les traces de la mère de ville en ville, et la retrouveront des mois plus tard sur les murs de Séville, devenue top model célèbre grâce au photographe. Ascension rapide suivie d'une chute brutale : l'engouement de l'Occident pour l'étrangère est de courte durée ; les mannequins noirs ne sont plus à la mode, remplacés par les Slaves éthérées... Misère et maladie rattrapent la reine d'hier.
Avec son incroyable talent de romancière, Vénus Khoury-Ghata nous entraîne dans les rues et les faubourgs de Séville, et livre un roman tragique et drôle sur l'exil, la famille et la condition des migrants.
Jours d’exil
Juliette Kahane
l’été 2015, des centaines d’exilés trouvaient
refuge dans un lycée parisien. Avec une rare
humanité, Juliette Kahane raconte
ces vies en suspens.
Le bandeau rouge qui enserre ce livre, tel un
brassard de manifestant autour d'une manche retroussée, annonce : « Une
saison au lycée Jean-Quarré ». Une saison en enfer ? Une saison au sens
sériel du terme ?Les deux, conclut-on, à la lecture de cette chronique d'un
épisode oublié, disséminé, enfoui dans notre mémoire de citoyen. L'été 2015,
entre deux déflagrations terroristes, une parenthèse tenait, serrés entre ses
bras, des centaines d'exilés sans papiers dans les locaux du lycée Jean-Quarré,
à Paris. Le hasard, qui occupe une grande place dans ce livre, a fait que
Juliette Kahane passait par là, en voisine, en curieuse, en militante, en
récalcitrante, en amoureuse, en révoltée. En écrivaine, surtout, car c'est son
écriture loyale et ardente qui fait le prix de ce récit. Elle ne sait pas
pourquoi elle a franchi les murs de cette terre d'asile provisoire, et ce doute
sur sa motivation profonde s'exprime au détour de chaque phrase. Consciente de
se réfugier au milieu des réfugiés, d'errer au milieu d'errants, de scruter au
milieu de scrutateurs, de somnoler au milieu de somnolents, elle se tient là,
aussi intérieure qu'extérieure, avec ses propres raisons, et les raisons des
autres.
Aucun nombrilisme dans son questionnement, juste de
la pudeur et de l'honnêteté, en un mot : de la décence. Qu'il s'agisse des
réfugiés, des bénévoles, de son compagnon ou d'elle-même, Juliette Kahane
décrit chaque être humain avec la même droiture et la même authenticité. Ce
principe d'égalité chevillé à la plume, elle sert des tranches de vie qu'on
savoure sans en connaître la composition. Chacun ayant droit à sa part de
mystère, le silence étant parfois la meilleure combinaison de survie pour
affronter le changement, le déroulé du passé n'a pas droit de cité. Même
lorsqu'elle héberge chez elle, Juliette Kahane ne questionne pas, elle
accueille, reçoit, accepte ce que l'autre lui donne, souvent à son insu. Dans
sa vie comme en littérature, elle se tient à la juste place, et offre une place
à chacun.
Et surtout, elle avance. Comme tous ceux qui vivent
autour d'elle. Le cheminement, cet enchaînement des secondes qui dessinent une
destinée individuelle et collective, voilà ce que saisit ce livre magnétique,
en mouvement permanent. Juliette Kahane dit admirer les réfugiés pour leur «
intrépide légèreté ». Une qualité dont elle fait preuve à chaque mot
qu'elle écrit, dans un formidable élan de vie.




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