Voici le texte de l'homélie du père André Moriceau entendue durant la messe des engagements au mois de juin
Ce soir, le Seigneur
dans sa parole nous invite à la confiance, une confiance totale et absolue,
celle de l’enfant qui sait qu’il est en sécurité parce qu’il voit que ses
parents sont tout près de lui et que leur présence l’assure que rien ne peut
lui arriver. Près d’eux, il se sent protégé de tout. Avec nous, ce soir,
Maxime, Louis, Philippine expérimentent cette confiance. Heureux
sont-ils ces enfants qui sont une parabole vivante de ce que le Seigneur
attend de nous. Jésus, tout au long de sa vie, a vécu cette confiance ; il
n’a jamais douté de l’amour du Père, et c’est pourquoi il a été jusqu’au bout.
Malheureusement,
nous ne sommes plus des enfants. Nous sommes devenus des adultes conscients de
l’état du monde, faisant l’expérience de bien des difficultés et, avec raison,
nous nous inquiétons. La première lecture vient d’ailleurs de nous rappeler que
la violence et que le sang répandu ne datent pas d’aujourd’hui. Tout au long de
son histoire, le peuple de Dieu en a fait l’expérience. Et pourtant, au milieu
de ce peuple souvent affligé, il y a toujours eu des hommes et des femmes qui
ont gardé confiance et qui ont vécu dans la certitude que le Dieu de l’Alliance
qui les avait choisis pour se révéler au monde demeurait avec eux et qu’ils
pouvaient s’appuyer sur lui parce qu’il est le Dieu fidèle, le Dieu qui
n’oublie pas parce qu’il ne retire jamais son amour.
Dans le travail qui
est le mien aujourd’hui dans notre maison de retraite de Montferrier, j’ai de nombreuses
occasions d’être inquiet et de perdre confiance. C’est un résident qui est en
crise de démence ; c’est un autre qui est perdu alors que la nuit tombe et
que l’on ne le retrouvera qu’une heure plus tard. C’est une mésentente entre
deux employés qui vient plomber l’ambiance ; c’est une panne électrique en
pleine nuit qui sème la panique chez tous les résidents… Je remarque aussi
cette perte de confiance chez les résidents qui m’entourent. Un rien les
trouble, mais il suffit souvent de dire quelques mots, de s’asseoir près d’eux
et de les écouter pour qu’ils retrouvent la paix… J’apaise l’inquiétude des
autres, mais la mienne demeure, et j’aurai besoin moi aussi que quelqu’un
vienne me dire de temps en temps : ne t’inquiètes pas ; tout ne dépend pas
de toi. Alors, il m’arrive de me tourner vers le Seigneur et de lui dire :
tous ces gens fatigués que tu m’as confiés, ils sont à toi ; je te les
donne ; prends en soin car je me sens totalement dépassé.
Accueillons ce soir
cette invitation à la confiance que le Seigneur nous adresse. Nous en avons
tous besoin dans notre vie familiale, dans notre vie professionnelle ou
communautaire, dans nos engagements divers, car nous aurions souvent bien des
raisons de perdre confiance. Et puisque, ce soir, c’est un peu la famille des
Missions Africaines qui est rassemblée pour cette eucharistie et nous pouvons
relire notre histoire commune comme une victoire de la confiance sur le
découragement.
·
Il y a 157 ans,
en ce mois de juin, la première équipe missionnaire envoyée en Afrique a été
décimée par la fièvre à Freetown. La secousse a du être terrible pour le petit
groupe qui restait à Lyon autour du père Planque, mais la confiance n’a pas été
ébranlée ; et l’espérance l’a emporté puisque nous sommes toujours là. Ce
fut la première grande épreuve et, depuis, il y en a eu bien d’autres que nous
avons dû traverser.
·
Depuis quelques
années, nous nous inquiétons pour d’autres raisons, en particulier à cause de
notre vieillissement ; nous voilà presque résignés à mourir, et voilà
qu’en ce mois de juin, le Seigneur nous donne de nouveaux frères, en Afrique et
ailleurs, qui vont continuer de tresser la corde que nous avons-nous-mêmes
tressée après d’autres. Ce samedi, en Côte d’ivoire, il y a eu l’ordination
d’un prêtre et de 4 diacres pour la sma. Ils nous invitent à la
confiance : eux aussi, ils acceptent de risquer leur vie pour le Christ et
ils seront missionnaires à leur manière pour faire connaître à notre monde
l’Evangile de Jésus.
Et maintenant,
Maryno et Théo, Katherine et Arnauld, David, au moment où vous allez renouveler
une nouvelle fois votre engagement missionnaire, je voudrais évoquer ce qu’a
été pour moi la naissance de la Fraternité laïque missionnaire. Je venais juste
de quitter la rue Terme, et j’ai appris à Bohicon que votre projet de
fraternité avait pris corps. J’ai été très heureux mais, en même temps, j’ai
douté de l’avenir, et vous aussi peut-être. Comment cette petite graine, jetée
en terre avec enthousiasme, allait-elle pouvoir germer, durer et porter du fruit ?
Mon questionnement a duré longtemps. Et voilà qu’aujourd’hui vous êtes encore
et toujours là, fragiles comme la fleur des champs selon l’image de l’Evangile
de ce jour, fragiles mais toujours là, fragiles mais fidèles, fragiles mais
prêts à renouveler votre engagement. Votre oui avec nous à la suite du Christ
pour le service de la mission a profondément transformé et donné sens à votre
vie.
Ce soir, je crois
que nous pouvons ensemble rendre grâces au Seigneur pour ce que le Seigneur a
permis à la FLM de vivre depuis plus de trente ans dans différents pays
d’Afrique, mais aussi chez nous auprès des prisonniers, des migrants, de tous
ces pauvres que Dieu aime, et dans cette maison de Chaponost. La Fraternité que
vous formez fait désormais partie, avec les sœurs nda et les sœurs de Menton,
de l’histoire de la famille des Missions Africaines. Vous en avez écrit un très
beau chapitre, et vous allez continuer de l’écrire. Votre histoire nous invite
à la confiance pour continuer de rêver et d’être missionnaire. Comme vient de
nous le dire Jésus, le Fils bien-Aimé du Père : pour l’avenir, notre Père
sait de quoi nous avons besoin et il nous le donne si nous lui faisons
confiance.
Notre assemblée
provinciale vient de s’achever. Nous avons travaillé durant toute cette semaine
et nous nous sommes donné une nouvelle équipe provinciale. Continuons ensemble
de chercher le Royaume de Dieu et sa justice, de marcher dans la confiance et
l’espérance, et tout le reste nous sera donné par surcroit, car le Père céleste
soit ce dont nous avons besoin et il nous de donnera car il est riche en
miséricorde.
Amen



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