QUELQUES NOUVELLES DE BOUAKE
Collège Saint-Viateur Bouaké
Voici bientôt trois mois que Bouaké, à l’instar de toute la Côte d’Ivoire, est plongé dans la crise post-électorale. Tout ici est au ralenti : les banques, le commerce, les écoles, le transport. Contrairement à 2002, où il y eu un départ massif des populations, il y a moins d’exode vers le sud car beaucoup préfèrent rester sur place en attendant des lendemains meilleurs. Il n’y a pas d’exactions sur les populations et chacun peut vaquer tranquillement à ses occupations pourvu qu’il n’affiche pas ouvertement son soutien au gouvernement en place à Abidjan. La ville de Bouaké est majoritairement acquise à la cause d’ADO, et opposée à l’annulation des voix par le conseil constitutionnel.
L’appel du RHDP pour l’opération « pays mort » jusqu’au départ de Laurent Gbagbo est observé de manière partielle chaque jeudi dans la quasi-totalité des zones Centre-Nord-Ouest. Ce jour-là, tous les établissements publics et privés restent fermés, de même que les grands commerces. Le marché fonctionne timidement car même si les populations adhèrent à cette opération, elles restent toujours préoccupées par la recherche de la pitance quotidienne, mais on a toujours peur d’un éventuel débordement.
Au plan scolaire, avec la crise qui perdure, on craint de plus en plus l’année blanche. Seules les écoles privées sont autorisées à ouvrir leurs portes bien que astreintes à suivre le mot d’ordre du jeudi. Les écoles publiques sont fermées car les professeurs fonctionnaires doivent observer la désobéissance civile demandée par le gouvernement Soro. Les parents d’élèves ne savent plus où donner de la tête et ceux qui en ont les moyens se tournent vers les écoles privées ou envoient les enfants vers le sud où l’école fonctionne tant bien que mal selon les localités. C’est pourquoi, au collège Saint Viateur de Bouaké, nous avons dû aménager le programme des cours ; ainsi pour rattraper le jeudi ceux du primaire viennent le mercredi en demi-journée et les plus grands du collège, le samedi. En sus, nous avons pu accueillir de nouveaux élèves de la maternelle au collège en passant par le primaire moyennant le paiement des deux tiers de la scolarité, équivalent des deux trimestres restants car nous avons pu valider le 1er trimestre malgré les interruptions. Certains élèves dont les parents ont fuit les exactions du sud, ont pu aussi intégrer nos effectifs. La fin du mois de février nous situera sur le nombre exact de ces enfants venus un tant soit peu pallier la défection de nos nombreux élèves partis vers le sud.
Avec la crise qui s’accentue le doute commence à s’installer et la motivation n’est plus de mise chez les enseignants tiraillés par la peur de ne pouvoir percevoir leur salaire mensuel avec la fermeture annoncée de certaines banques. Le niveau des élèves est de plus en plus bas. Les parents craignant « l’année blanche » traînent les pas pour le paiement de la scolarité ; il y a quelques jours, le P Léon Desbos me disait que si la situation ne se normalisait pas nous serons dans le rouge.
Fr. Wilfried Houessinon
La situation sociopolitique de la Côte d’Ivoire offre chaque jour un tableau de plus en plus « brouillardeux ». Tout le monde regarde, mais sans grande illusion, la date du 21 février qui doit voir arriver le fameux Panel des 5 chefs d’Etat désignés par l’Union Africaine. Attendons donc, mais tout le monde trouve le temps trop long. La fermeture de nombreuses banques accentue, au sein de la population, un sentiment de découragement et de doute. La peur d’une paralysie bancaire se fait sentir. La fermeture de la BICICI, filiale de la BNP – Paribas touche de près les communautés qui possèdent plusieurs comptes dans cette banque. Nous essayons de trouver des solutions, mais aucune banque n’est à l’abri d’une soudaine fermeture ! A Bouaké, comme l’a écrit le F. Wilfried, tout est calme et « timide ». Le manque de travail et d’argent fait que les populations ne répondent pas très spontanément aux mots d’ordre de « pays mort » ou de « ville morte ». Aujourd’hui Guillaume SORO, le Premier Ministre de M. Alassane Ouattara, a convoqué tous les habitants de Bouaké et des environs à un grand meeting au stade de la Paix afin de remobiliser ceux et celles qui ont très majoritairement voté pour ADO. On entend déjà les échos sonores des préparatifs à ce méga rassemblement. Le collège a dû renvoyer les élèves qui avaient cours ce matin afin de ne courir aucun risque !
P. Léon Desbos
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire