HAITI, ENTRE DESILLUSION ET ESPOIR, QUEL AVENIR ?
Nous sommes trois séminaristes haïtiens de la Société des Prêtres de Saint-Jacques, en formation au Grand Séminaire de Rennes depuis deux ans déjà. Du 13 juillet au 7 septembre, nous avons effectué, tous les trois, un voyage en Haïti dans le cadre de nos vacances d’été. Je reviens sur un séjour plein d’émotion et de joie.
Au-delà de tout ce que j’ai vu et vécu, ma grande joie était les retrouvailles entre amis et surtout en famille dont je suis séparé depuis deux ans. Je retiens cette parole de ma petite sœur : « Franchement, Sonson, ton absence a créé un grand vide, tu nous as tellement manqué !… » Quel bonheur d’entendre cela de la famille ! J’ai ressenti que ma présence leur a procuré, tout simplement, un grand réconfort.
Parallèlement, j’ai eu au fond de mon cœur une autre sensation : celle d’une douleur aiguë : Me voici à mon tour en train de vivre à l’envers ce drame du 12 janvier : les dégâts sous les yeux.
Quel Chantier !
Neuf mois après la catastrophe qui a dévasté une partie du pays, la Capitale haïtienne offre encore un spectacle de désolation. En empruntant les avenues principales, j’ai pris conscience de l’ampleur de la tragédie. Au cœur de Port-au-Prince, des immeubles massifs aux bâtiments d’entreprise en passant par les petits commerces, il ne reste quasiment rien. Le désarroi est total. Je n’ai jamais connu une telle situation : un pays de traumatismes et de destruction.
La reconstruction est sur toutes les lèvres : Quand ? Comment ? Pour combien de temps ? Quel sont les moyens? Autant de questions qui se posent.
Un Etat défaillant
Le gouvernement de son côté, est dépassé par les événements. On ne sait plus, qui fait quoi ! Les sinistrés sont oubliés. Les grandes questions vitales sont écartées dans la gestion de l’après séisme : la décentralisation, la déforestation, le système de santé….
La relance économique tarde encore à venir. Quel avenir ?
En tous cas, le constat est là : les travaux n’ont pas commencé. Il y a des sinistrés dans tous les coins de la Ville. La reconstruction ne semble qu’une illusion malgré toutes les promesses internationales.
En dépit de tout, la vie a repris son cours. Je suis témoin du courage et de la foi de ce peuple qui incarne l’Espérance pour un avenir meilleur.
J’admire l’engagement de mes compatriotes et la lutte quotidienne qu’ils mènent pour améliorer, par eux-mêmes et avec le peu qu’ils ont, leur situation. Car disent-ils : « Pour préparer notre avenir, il ne s’agit pas de le prévoir mais de le rendre possible ici et maintenant ».
Parfois dans la fragilité, toujours dans une foi solide, dans l’imagination et le courage, mes frères haïtiens arrivent à mettre en place, dans les camps, une vie fraternelle rayonnante. Par là même, ils inventent le monde de demain. Un monde plus juste et plus fraternel.
Le proverbe haïtien « men anpli chay pa lou », à traduire par : « Ensemble nous pouvons », est au cœur de la vie quotidienne. En effet, lorsqu’un seul homme rêve, ce n’est qu’un rêve. Mais si beaucoup d’hommes rêvent ensemble, c’est le début d’une nouvelle réalité. Voilà ce qui se vit aujourd’hui en Haïti.
Un jeune universitaire de Port-au-Prince, a dit ceci lors d’un débat à Lafleur-Duchêne (chez les Pères de Saint Jacques) : « ici, la vie n’a plus de sens, pourrions-nous dire ; trop de morts, trop de blessés, trop de dégâts autour de nous, mais c’est à nous d’inventer un sens, c’est notre responsabilité et surtout Dieu est avec nous ».
Ces mots m’ont aidé à reprendre confiance et à dire oui nous pouvons espérer. Nous ne sommes pas seuls, Dieu est toujours là, surtout dans les moments difficiles. Car « tout ce qui est fait de grand dans le monde est fondé sur l’espoir ».
Aujourd’hui, en Haïti grâce à l’audace d’espérer de ce peuple, la vie continue son chemin. La réalité peut se résumer ainsi : celui qui veut construire sa maison commence d’abord par rassembler de petites pierres.
La place de l’Eglise
Les haïtiens attendent beaucoup de son Eglise. Un message, une parole, une action concrète…Mais tous ceux-ci tardent à venir. La disparition de l’archevêque de Port-au-Prince, semble entraîner l’Eglise d’Haïti, dans un silence de cimetière. Aucune déclaration commune de l’épiscopat haïtien. Malgré tout, les chrétiens catholiques ne sont pas découragés, ils font preuve de fidélité et de patience.
Aujourd’hui plus que jamais, Haïti a besoin de clairvoyance, de raison politique et d’efficacité pour honorer réellement l’incroyable courage, la foi et l’espoir de tout un peuple.
STEEVENSON MONTINARD,
Séminariste Saint-Jacques,
Grand-Séminaire de Rennes


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