Chronique de la vie ordinaire à Port-au-Prince
Six mois après le séisme du 12 janvier,
les signes du ravage restent évidents. Le pays se relève, mais n'est pas encore debout. A Port-au-Prince, près de 400 camps "provisoires" logent encore à ce jour les sinistrés. La pluie, le vent et la chaleur y rendent la vie difficile. Les conditions alimentaires, hygiéniques et sanitaires laissent considérablement à désirer. Dans les rues, la vie est intense. Tout s'y trouve ; la capitale n'a rien d'une ville désertée. Sur les trottoirs que les piétons disputent aux véhicules se vendent médicaments, vêtements, aliments, accessoires de téléphonie, artisanat, charbon de bois, produits d'entretien, d'hygiène. Ce commerce informel témoigne du triomphe de la débrouille. Les forces vives du pays sont évidentes, mais ne s'inscrivent que peu dans une logique de long terme, dans un programme de reconstruction. Les contingences matérielles sont telles que se maintenir au jour le jour constitue déjà un effort de taille.
L'apparente absence de l'Etat est frappante, à la mesure de sa ruine. Le palais présidentiel, élément symbolique du pouvoir, reste affaissé sur lui-même comme dans les esprits ; totalement détruit. Ce qui a priori relève des pouvoirs municipaux, comme la gestion des déchets et l'évacuation des décombres - qui semblent ne pas avoir bougé d'un pouce, est pris en charge par chacun de façon atomisée et incohérente. Aussi prolifèrent les tas de gravats à ciel ouvert.
Le déploiement humanitaire est saisissant dans son importance. Cependant, la grande variété des organismes et des stratégies adoptées donne lieu au meilleur comme à l'inefficace. La prise en charge médicale est par exemple couronnée de succès, alors que le logement provisoire ne cesse d'accroître la dépendance des bénéficiaires. Les tentes font toujours office de maison; la coûteuse distribution alimentaire fait encore de l'ombre aux questions agricoles, au profond déséquilibre de la balance commerciale.
Dans cet apparent désordre, la foi est omniprésente. Malgré l'immense variété de structures religieuses et de confessions, elle est un composant phare du sentiment national. Plus encore, elle cimente à elle seule des communautés, des réseaux, et maintient le tissu associatif. Ce rôle n'est pas négligeable en Haïti, il est même crucial. Car le grand défi de la reconstruction, finances mises à part, c'est de sortir de la solitude et de son court-termisme. Le grand levier de la reconstruction, c'est bien la solidarité communautaire, qui fait gagner en efficacité dans l'action, en visibilité dans l'avenir. C'est dans ce sens que travaillent les Pères de Saint-Jacques et leurs partenaires en Haïti : toutes leurs actions ont pour objectif et moyen ce lien social et fraternel.
« UN PAS DE PLUS SOUS LE MÊME SOLEIL »
Ces trois derniers jours de juillet, trois groupes de jeunes gens se sont rassemblés pour présenter au public une pièce gonflée d'espoir.
Des membres de la Jeunesse Mariale, de la Pastorale Universitaire et de la troupe « I sont unik, hein! », venue du Finistère pour l'occasion, sont devenus « un ». Cette création originale et audacieuse a dépassé toutes les attentes, combinant théâtre, danse, chant, mime.
Ensemble, ils ont déclamé les doutes et souffrances semées par le séisme du 12 janvier dernier, ainsi que leurs rêves, leurs souvenirs, leur confiance dans ce peuple qui est le leur.
Sur les planches, ils ont promis de faire enfin « un pas de plus sous le même soleil », de reconstruire une Haïti plus juste et plus forte.
Texte et mise en scène: Leroy Youkens, Djems Pierre et Stéphanie Saint Louis, avec le concours de Philippe Jézéquel.
Comédiens, musiciens, danseurs: Jeunesse Mariale, Pastorale Universitaire, "I sont unik, hein!"
Lieux de représentation : Auditorium de Sainte Rose de Lima à Port-au-Prince, Église Notre Dame de l'Assomption à Petit- Goâve
Avec la participation des Soeurs de Saint Joseph de Cluny et des Pères de Saint Jacques.


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